Entretien

Publié le 12/10/2020

Entretien avec Bénédicte Guettier

À l'occasion des 20 ans de l'âne Trotro cette année, rencontre avec une artiste pour qui le succès est arrivé presque "par accident".
Mais au fruit de beaucoup, beaucoup de travail.

 

© Tarabella

Bénédicte, vous écrivez et illustrez des histoires pour enfants depuis maintenant 29 ans. Comment tout cela a-t-il commencé ? Aviez-vous prévu de faire ce métier ?

Depuis toute petite, j’ai adoré dessiner et je n’ai jamais arrêté. J’ai imaginé poursuivre d’autres études mais j’ai finalement choisi une école d’art. Après avoir passé le diplôme supérieur de l’Ensaama (Olivier-de-Serres) puis celui de l’ESAG Penninghen, j’ai commencé à dessiner en free lance dans différentes directions : affiches, vaisselle, vêtements, magazines... et même un logo de navette spatiale !
Un jour, j’ai décidé de faire une surprise à ma mère en écrivant et illustrant une histoire qu’elle avait imaginée et qu’elle nous racontait quand nous étions petits. J’ai proposé ce livre à l’École des Loisirs qui l’a édité et cela a été une vraie révélation. Depuis, je n’ai plus pensé qu’à écrire et illustrer mes propres histoires… J’en ai fait près de 450 !

"Dessiner me met presque toujours dans un état de concentration où tout semble pouvoir se résoudre facilement"

 

 

Vous êtes à la fois auteure et illustratrice. Pouvez-nous nous parler de la façon dont vous travaillez ? L’articulation textes / illustrations ?

J’écris et je dessine en même temps dans un premier jet où croquis et textes s’entrelacent. Ils disent chacun leurs propres choses, parfois complémentaires, parfois contradictoires. Quand je réalise le livre, j’écris les textes à la main de la même encre que le dessin, le texte fait partie du dessin. Sans lui, celui-ci me semble incomplet. C’est un tout que j’aime saisir. Mais il m’arrive de faire des livres avec d’autres auteurs. Dessiner me met presque toujours dans un état de concentration où tout semble pouvoir se résoudre facilement, j’ai l’impression que tout s’éclaire.
Quand elle était petite, ma fille s’installait à côté de moi pour dessiner, et j’ai fait beaucoup de livres en vacances chez des amis artistes qui dessinaient aussi de leur côté. Je ressens toujours un grand bien-être quand je dessine. J’aime montrer mon travail en cours à ma famille et à des amis qui me donnent souvent d’excellents conseils et j’ai la chance de travailler avec des personnes extraordinaires chez mes différents éditeurs. J’aime aussi beaucoup travailler en équipe, comme cela a été le cas pour la comédie musicale Trotro fait son cirque, pour les décors, les costumes, les personnages et le livret.

Comment trouvez-vous l’inspiration pour vous renouveler sans cesse ? Vous inspirez-vous de vos propres expériences pour imaginer ces histoires ?

J’aime bien écrire et dessiner ce qui me passe par la tête, saisir les idées au vol. Je gribouille tout ce qui me vient sur des petits carnets que je perds et retrouve, parmi ces  idées, certaines viennent d’expériences personnelles.

Comment est née la série « Trotro » ?

Juste après la naissance de ma fille, j’ai eu l’idée du nom de ce personnage, « l’âne Trotro ». J’ai apporté trois histoires de Trotro à Colline Faure-Poirée chez Gallimard Jeunesse Giboulées, puis de nouvelles aventures. C’était la première fois que je suivais un personnage d’un album à l’autre. Un producteur s’y est intéressé et une série animée a été réalisée, puis une comédie musicale. Depuis, Trotro a une petite sœur : Zaza.

"J’ai besoin que les couleurs
rayonnent de lumière comme un soleil"

L’univers graphique de Trotro est très reconnaissable. Quelles sont vos sources d’inspiration, vos références ?

J’utilise l’encre de Chine avec des instruments qui permettent de ne pas contrôler complètement mon trait, ce qui cause des résultats parfois inattendus qui donnent au dessin sa force et sa vie propre. J’ai trouvé cette façon de dessiner en faisant des roughs de photos à l’ESAG pour Peter Knapp. Il m’a énormément appris en appréciant une photo que j’avais eu beaucoup de mal à tirer et qui avait des traces d’eau en plus de ses nombreux autres défauts qui se sont révélés des qualités sous l’oeil de ce merveilleux professeur et photographe.
Dans mes dessins, j’utilisais peu de couleurs, le déclic s’est fait après le livre Pour qui ce petit bisou ? où j’ai expérimenté des
contrastes de couleurs très vives. Cela ne m’a plus quittée par la suite. J’ai besoin que les couleurs rayonnent de lumière comme un soleil. J’aime beaucoup les œuvres de Cy Twombly, Basquiat, Louise Bourgeois, et Niki de Saint-Phalle.

Quels sont vos projets ?

De nouveaux d’albums et des livres objets sont en cours, et nous réfléchissons à une nouvelle série animée Trotro. J’adorerais aussi refaire une comédie musicale sur Trotro. J’ai envie d’écrire de nouvelles chansons et d’un long métrage Trotro...

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